Retour sur les Journées du Patrimoine et du Matrimoine

Le dimanche 18 septembre 2022, l’Agence Culturelle Bretonne a proposé, comme chaque année, une balade illustrée à la découverte d’un quartier nantaise.

Cette année le rendez-vous était donné Place Marc Elder pour découvrir le quartier Cathédrale/Bouffay. La balade a été ponctuée de musique avec Razh-koad Bihan et Gwenaëlle Ambuhl, de conte en gallo avec Yves Bourdaud, de danse avec Tréteau et Terroir et bien sûr d’extraits de livres.

Retrouvez ici les textes ainsi que quelques photos ayant illustrés cette balade.

Les textes

L’odeur de la saumure

Francis Chevassu, 8 décembre 1913, au sujet du Peuple de la mer, de Marc Elder, prix Goncourt 1913. Dans “Le Figaro” (8 décembre 1913) 

 « La mer, décidément, ou plutôt les bords de mer portent chance aux jeunes écrivains qui briguent le prix décerné, à la fin de chaque année, par l’académie des Goncourt ; voici la troisième fois, depuis 1903, que ce prix échoit à un peintre de marine : M. Marc Elder […].

L’auteur du Peuple de la mer est un réaliste appliqué, pour ainsi dire littéraire ; il aime juxta-poser des expressions un peu crues et des images recherchées. Il lui manque peut-être quelque fraîcheur, quelque délicatesse et quelque spontanéité. Mais il décrit avec netteté ; son style, un peu tendu, est presque toujours vigoureux et sain ; on respire dans son livre l’odeur de la saumure, des algues et du grand vent qui hérisse une mer sauvage. »

Prosper Mérimée

Le château a une enceinte encore complète, mais de différentes époques. C’est le duc de Mercœur qui, pour le mettre en état de défense, lui a fait subir les changements les plus considérables. En face de la Loire un bastion et une courtine, bâtis par lui, montrent partout des croix de Lorraine et rappellent le souvenir des guerres civiles. La courtine n’est, à proprement parler, qu’un parement moderne appliqué sur une muraille beaucoup plus ancienne vraisemblablement, composée de  fragments irréguliers de schiste, assemblés avec beaucoup de mortier. Du côté opposé, les remparts offrent l’apparence d’un travail de marqueterie par leurs assises de tuffeau ou de granit alternant avec d’autres assises de schiste noir beaucoup moins épaisses. Ils sont flanqués de tours rondes, dans lesquelles on voit des embrasures percées sans doute assez longtemps après la construction de cette partie du château qui date, je crois, du quatorzième siècle. Les logements intérieurs se rapportent à plusieurs époques depuis le quinzième siècle jusqu’à nos jours, l’ornementation diminuant toujours  à mesure que les bâtisses sont plus modernes. Les bâtiments, à la droite de l’entrée principale, ont une façade richement ornée, mais très irrégulière. Ses fenêtres, toutes inégales, n’observent aucun alignement et n’ont d’autre rapport que l’ornementation de leurs chambranles sculptés et décorés avec beaucoup de goût. Au style des ornements, je crois cette façade de la fin du quinzième siècle. Du côté de la Loire, on a fait un magasin à poudre d’une grande salle gothique ornée de clés pendantes et de nervures assez bien travaillées. On la regarde, sans aucun fondement, comme la chapelle où fut célébré le mariage de la reine Anne. Rien n’est moins vraisemblable, et l’on chercherait en vain dans la disposition de cette salle ou dans son ornementation quelque caractère qui indiquât une destination religieuse. Elle communique à une assez grande chambre de plain-pied, et au-dessus sont des appartements qui étaient habités de tout temps. Il est donc impossible qu’elle ait jamais servi de chapelle. La façade, malheureusement fort mutilée, est du même style que l’autre bâtiment, mais plus régulière.

Gustave Flaubert

Il ne reste du vieux château que les deux tours d’entrée, celle du pied-de-biche à gauche du pont-levis, celle de la boulangerie à droite. Il y a encore d’à peu près intact un autre corps de logis percé de fenêtres de la fin du XVe siècle, et dans la cour un vieux et beau puits orné d’un élégant couronnement de fer pour y suspendre des poulies. Des canons, cirés comme des bottes, sont rangés en ligne sur l’herbe à côté de boulets mis distinctement suivant leur calibre, comme les mètres de cailloux sur le bord des routes ; deux ou trois soldats couchés sur le dos dormaient tranquillement au soleil et sans doute rêvaient à quoi ? probablement que ce n’était ni au duc de Mercœur, qui fit bâtir le bastion de la Croix de Lorraine, maintenant délabré, ni au cardinal de Retz qui s’en évada, et pas davantage à la reine Anne qui se maria à Louis XII dans la chapelle du fer à cheval, convertie en poudrière. S’ils rêvaient, n’était-ce pas plutôt aux bonnes parties de boules que l’on faisait le dimanche après vêpres, au jour où ils apercevront le coq du clocher par-dessus les arbres de leur village ou à la payse qu’ils y ont laissée ? Il n’y a que les gens ayant pour métier de penser qui se fourrent dans le cerveau les passions des époques disparues ; les braves gens ont assez des leurs; ils font l’histoire – et nous, nous la lisons. Deux ou trois hommes en chemises chantaient dans la caserne en brossant leurs habits et en polissant les boutons de cuivre avec de la craie. Au second étage, sur le rebord d’une ravissante fenêtre carrée, un pantalon rouge, étalé tout ouvert, laissait tomber ses deux jambes le long du mur, et déployait avec une impudence bête son grand pont à doublure grise.

Etienne Gasche, François II et le corps sans tête

Château de la Tour Neuve, janvier 1470.

Le duc de Bretagne vit dans le Logis du vaste château de Nantes. Au pied des murailles, les bateaux, petits et grands, sillonnent les eaux du fleuve en un incessant ballet ; les cris des marins ou des marchands et les rires des enfants résonnent jusque dans la cour où chacun s’active pour servir au mieux le souverain. Une superbe tapisserie blanche parsemée d’hermines recouvre le trône sur lequel François II, richement vêtu, est assis au milieu de ses pages et de ses hérauts. On dit que le duc de Bretagne est galant homme; ses amours sont épiées et commentées par tout un peuple avide de personnages à admirer. Pour l’instant,  malgré la froideur de Louis XI à son égard, François II ne semble pas trop inquiet pour l’avenir. Chacun sait pourtant que le roi de France ne rêve que d’agrandir son royaume aux dépens de la Bourgogne et de la Bretagne, mais en ces jours froids de l`hiver, le danger semble encore lointain. Les seuls morts qui causent quelque tracas au duc sont ceux que l’on retrouve au petit matin dans les ruelles de la cité, dans les venelles du port ou sur le parvis des églises. Pour beaucoup, ce sont des vagabonds morts de froid et de pauvreté. Pour les bretons, bons et honnêtes chrétiens, c’est grande tristesse que de voir ainsi des hommes mourir alors que le duché regorge de richesses. Pour le duc aussi, c’est grande tristesse, mais que faire, les choses ont toujours été ainsi, les pauvres sont les pauvres: vagabonds, rustres ou coquins, tous des gueux ! Mais où la colère de François II est grande, c’est lorsqu’il apprend que des meurtres ont été commis, que l’on a retrouvé un corps ensanglanté dans la rue ou que l`on a repêché le corps tuméfié ou poignardé d’un noyé dans les eaux du fleuve.[…]

Le duc a convoqué son prévôt.

–   Je vous ai fait mander, mon ami, car notre ville devient un repaire de gredins et de coupe-jarrets. Je sais fort bien que les ports attirent moult individus dont les agissements doivent être surveillés. […] – Nos habitants ne se disent plus en sécurité, ami prévôt ! La nuit ils ont peur, les rixes les empêchent de dormir, il y a des cris, des bruits de courses qui résonnent sur le pavé, des appels… Et pendant la journée, ne risquent-ils pas de se faire couper la bourse dans les ruelles populeuses du port ? On vient de m’annoncer que le cadavre d’une catin a été retrouvé ce matin, coincé entre les cordages des navires, le corps noyé dans les eaux glacées de la Loire, et elle n’est pas tombée toute seule : son visage porte des traces de coups ! J’ai ordonné que l’on vous mène, ce jour même, ce cadavre que mes hommes, et non les vôtres, ont découvert. Or, ma garde n’est point appointée pour des tâches de simple surveillance. Le hasard a voulu que l’un de mes gardes fût le premier sur les lieux, mais a l’avenir je veux que les sergents de ville et vos propres serviteurs soient les plus prompts à intervenir.

– Monseigneur, nous faisons beaucoup, mais la cité est vaste, les quais sont populeux et les venelles sombres et nombreuses. Pendant l’hiver, les nuits sont longues et l’obscurité donne des ailes aux crocheteurs et autres coupe-jarrets…

– Soit, ami prévôt, j’augmente les moyens dont disposent vos services. Engagez des hommes, récompensez les meilleurs, mais je veux des résultats, je veux des arrestations et je veux que demain des malandrins soient pendus aux gibets de la cité afin que les braves gens puissent enfin recommencer à dormir sans avoir à s’inquiéter. De quoi avez-vous besoin ?

– J’ai besoin d’agents, de secrétaires, mais j’ai aussi besoin d’argent pour payer les déplacements de nos examinateurs et pour acheter les renseignements, car rien n’est donné. Au contraire, pour obtenir de bonnes informations, il faut y mettre le prix. Les borgnes, les bossus et les ivrognes qui vivent dans la rue ou dans les tavernes ont toujours besoin de bonne monnaie et ils ne disent rien qui vaille tant que leur bourse n’est pas pleine.

– Bien, bien, les moyens seront doublés s’il le faut ! Monsieur Landais, mon trésorier, y veillera. Mais je veux des résultats, et le plus rapidement possible ! Déjà vous allez pouvoir observer le cadavre de cette morte du port, peut-être sa mort est-elle liée à celle du corps sans tête dont le seigneur du Pellerin vient de m’entretenir, qui sait ? Nantes doit redevenir une ville sûre, une grande capitale. Ainsi je le veux ! …

Etienne Gasche, François II et le corps sans tête

Similien Saint-Aignan est impressionné par la situation ! Face au duc François Il de Bretagne,homme affable et réellement intéressé à la bonne marche de son duché, il est d’ordinaire un peu plus à son aise. Le poète Jehan Méchinot n’est pas homme, lui non plus, à inquiéter ses interlocuteurs, car derrière sa grande culture, son habit de drap vert sombre et son regard vif et curieux, se cache un homme de bonne volonté, attaché à son duc et à sa bonne ville de Nantes ; d’un commerce agréable, érudit mais simple, le poète et ami du duc de Bretagne n’a rien qui puisse intimider le prévôt, lequel a d’ailleurs déjà eu plusieurs fois l’occasion de le rencontrer. Mais la situation est tout autre avec le sire Mathelin Rodier, architecte de la cathédrale et désormais en charge des travaux d’agrandissement du château : homme sombre, grave, pleinement conscient de l’importance de sa mission, il parle peu et il semble toujours soucieux, comme si le poids de ses responsabilités pesait en permanence sur ses épaules. Chacun à Nantes sait fort bien que Mathelin Rodier est un proche de François II, que celui-ci a confiance en lui, qu’il admire son savoir et ses capacités à diriger un grand chantier, et personne ne songe ici à le contredire. Quant à Pierre Landais, c’est tout simplement le grand argentier du duché : portant beau, toujours richement habillé, l’homme est fier et cassant ; certain d’être l’un des « Grands ›› du duché de Bretagne, assuré de l’amitié de son prince, messire Landais, fils de tailleur, n’est pas peu fier de sa fortune si soudaine, ni de son influence et du prestige que cela lui confère.

Le duc est impatient ; il s’adresse à Similien Saint-Aignan :

– Je vous invite encore une fois à nous préciser au plus vite ce que vous attendez de nous. Messires Méchinot et Landais vous donneront réponse et argent pour avancer dans votre enquête. Mais je veux que les coupables soient bientôt pendus aux gibets de la Ville, que chacun sache qu’ils ont été retrouvés et justement châtiés. Sinon, comment voudriez-vous que de riches négociants ou de dignes ambassadeurs viennent s’installer chez nous. Au contraire même, nous risquerions de voir ceux qui sont déjà là s’éloigner de notre Cité ducale. Il faut donc, et cela est urgent, que chacun se sente ici en sécurité. Prévôt, nous vous écoutons.[…]

– Voilà : deux hommes ont disparu de la Taverne  de la Mule  peu avant notre intervention et je viens d’apprendre que deux hommes viennent d’être capturés  près de Saint Julien de Vouvantes alors qu’ils dévalisaient la maison d’un poète. Si nous pouvions savoir qui sont ces deux hommes et le nom du poète cela nous aiderait beaucoup.

Victor Hugo

Le 14 août 1834, le jour même de son arrivée à Nantes, l’auteur d’Hernani (1830) et du Dernier jour d’un condamné à mort (1830), alors âgé de 32 ans, écrit une courte lettre à son épouse Adèle qui trompe son ennui dans les bras de Sainte-Beuve.

Nantes, 14 août. Je suis arrivé ce matin à trois heures à Nantes; j’ai dormi quelques heures, puis j’ai été voir toute la ville, et me voici prêt à me coucher pour quelques heures encore et à repartir pour Tours par le bateau à vapeur demain à six heures du matin. Pauvre chère amie, chaque heure maintenant me ramène vers toi, et j’en ai besoin, bien besoin, va. Sais-tu que voilà dix jours tout à l’heure que j’ai quitté Paris et toutes ces chères figures de la place Royale qui faisaient ma joie. J’ai vu à Nantes beaucoup de vieilles belles maisons, la cathédrale, édifice tronqué de toutes époques, qui contient une admirable chose, le tombeau de François II. Parles-en à ton père. Le château de Nantes a dû être magnifique. Ce qui en reste est d’une grande beauté, bien féodale et bien sévère. Je suis monté au moment où le soleil se couchait sur le clocher de la cathédrale et de là j’ai vu toute la ville, les quatre bras de la Loire, l’Erdre dont les bords sont charmants, le canal, tous les vieux toits, et la prairie de Mauves. C’est beau. Pas assez de clochers pourtant. En général, la Bretagne, si pieuse, ne brille pas par les églises. […]

Stendhal – Les Mémoires d’un touriste

La nef actuelle de Saint-Pierre fût bâtie vers 1434, et remplaça la nef romane qui menaçait de ruine ; mais les travaux s’arrêtèrent vers la fin du XVe siècle, ce qui a produit l’accident le plus bizarre. La partie gothique de l’église étant infiniment plus élevée que le chœur qui est resté roman et timide, le clocher de l’ancienne église est dans la nouvelle. Mais n’importe ; rien de plus noble, de plus imposant que cette grande nef. Il faut la voir à la chute du jour, et seul ; immobile sur mon banc, j’avais presque la tentation de me laisser enfermer dans l’église.

Ludovic Garnica de la Cruz – Nantes la Brume

Apparut alors […] la cathédrale cachant presque tout le ciel désembrumé. René resta quelques minutes à la contempler comme s’il ne l’avait jamais vue. […] À peine quelques dévotes trottinaient – mouches lugubres- sur le parvis. Et là, sur le flanc, bien petite, une énorme croix où se mourait encore le Christ embruni. Étrange anomalie ! Le Maître, frêle, en un coin, écrasé plutôt que soutenu par la magnificence du temple construit en son honneur ! Le Maître, dans un angle d’ombre nue, sous les soufflets du vent, comme une loque inapparente ! Le Maître, humble, sur le seuil de sa demeure somptueuse, troublé dans son éternelle méditation par des insectes ironiques : les hymnes aux ailes d’or parfumées filtrant au travers l’éclat des fêtes et des richesses cérémoniales, comme un pauvre prenant les miettes qu’on lui tend.

Gustave Flaubert 

Puisque nous parlons d’histoire, à cent pas de là, en face le vieux château, se trouve la maison où fut surprise la duchesse de Berry en 1832. Le cœur se serre dans cette petite chambre nue, tendue d’un sale papier gris et à peine éclairée par des carreaux jaunes. Nous vîmes la plaque derrière laquelle se cachèrent la princesse et ses compagnons ; on a peine à croire qu’ils y aient pu tenir. Toute cette demeure est discrète et froide, on n’y entend aucun bruit, point d’enfant qui joue ni de chien qui aboie. Habitée par deux vieilles filles dévotes, avec son étroite cour sombre, son allée humide, son escalier de bois qui se pourrit à la pluie, elle a quelque chose de découragé, de ruiné, de honteux comme si elle sentait jusque dans ses pierres l’amertume du souvenir.

Etienne Gasche, François II et le corps sans tête

La ville est en liesse ; bientôt ce sera le prin­temps, les jours commencent déjà à rallonger et il fait moins froid. Mais ce qui rend les habitants si joyeux, ce ne sont ni les nuits moins longues, ni les premières feuilles qui apparaissent sur les branches des arbres les plus précoces. Non, si les Nantais sont ainsi devenus joyeux et unis dans cette liesse que tous partagent, du manant le plus modeste au prince de tous les Bretons, c’est que la ville va enfin être délivrée des ban­dits qui apeuraient les braves gens par leur cru­auté et leurs crimes les plus affreux ; les gens de la Taverne de la Mule vont être exécutés ce jour : Guillaume de Bayeux, sans doute l’âme de la triste bande, et Isabeau Sermoise, sa sinistre compagne n’ont-ils pas, avec la complicité du vieux, de l’affreux Tabarie et de son comparse Nicolas, un ancien clerc qui a butiné plus de filles du port qu’il n’a dit de messes, tué le poète François Villon et sa compagne Marie ? […]Le gibet a été installé au bord de la Loire et de l’Erdre, là où la rencontre des deux cours d’eau forme un angle presque droit et une pro­tection naturelle pour la ville et ses habitants.

François II s’est posté sur le point le plus élevé des remparts ; de là, avec ses proches, il peut voir le port, les quais et les bâtiments, les rues et les ruelles qui semblent toutes conver­ger vers son château… […Le duc attendra que la fumée commence à s’envoler dans le ciel pour rentrer dans ses appartements ; sa favorite est auprès de lui, ainsi qu’une multitude de serviteurs, grands et petits. […]

Habituellement les pendaisons ont lieu à l’extérieur des murailles de la ville, mais là, exceptionnellement, le souverain a tenu à ce que les condamnés fussent pendus au cœur de la cité. La charrette des hommes est maintenant arrêtée devant le gibet qui a été solidement assemblé la veille en fin de journée ; les poutres sont épaisses et les cordes pourraient tenir le poids d’un bœuf pendant des mois sans se casser ou se défaire. Benoist-main-tendue est là, […]Vieux-crocheteur l’accompagne, ainsi que l’Aveugle-qui-voit et le Sourd-qui-entend ; leurs amies sont avec eux, ainsi que Gargouille, Gratte-sapin, Fine-lame, Prêcheur, l’Alose et Triple-panse ; […]

Paul Louis Rossi, La Voyageuse immortelle

Je cherchais l’origine de ce nom du Bouffay, que j’attribuais à la comédie donnée sur la place, comme on donne l’Opéra Bouffe, ou la bouffonnerie avec des bouffons. Je découvris alors qu’il s’agissait en réalité de la tour du Bouffray, c’est à dire du Beffroi en notre dialecte. Ce logis de Jacques Vaché devait donc se situer sur cette place du Bouffay que l’on atteint de suite par la petite rue Belle Image – autrefois rue de La Poulaillerie – située en ce temps, près des rives de la Loire et du quai d’embarquement des bateaux à vapeur qui remontaient encore le Fleuve.

Durant des siècles, cet emplacement du Bouffay a vu se dérouler les duels judiciaires et les exécutions capitales. Chaque fois que j’y passe, il s’y agite encore les ombres des victimes et des bourreaux. Je m’aperçois que je pié­tine la plaque de marbre dédiée à la conspiration de Monsieur de Pontcallec, et aux quatre gentilhommes Bretons que l’on exécute aux flam­beaux, le 26 mars 1720. Voici des hommes en armes qui ouvrent le cortège avec des arquebuses et des sabres, ils portent des torches, et dans une brume de fumées et d’eaux, les condamnés s’avancent, conduits par des prêtres encapuchonnés jusque vers leurs supplices de décapitations par la hache ou l’épée.

Yves Cosson, Nantes au cœur

Au haut de Sainte-Croix est posé le beffroi
Quatre anges quatre prophètes
Jérémie et Daniel David et Isaïe
Écoutent silencieux les trompettes de bronze
Les claires heures mariales carillonnent
Emportant l’Angélus sur la place venteuse
Livrée aux cris rituels de toutes les saisons
La cloche sonne aussi pour les clochards
Et quand revient l’automne
Aux charmilles du square
La bonne odeur acide des Draps d’Or
Rivalise en douceur avec la Reine des Reinettes

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